Orchestre des Champs-Elysées

Un autre Beethoven

L. v. BEETHOVEN Ouverture « Die Weihe des Hauses » op. 124 (29, 30/11, 01/12)
L. v. BEETHOVEN « Meeresstille und glückliche Fahrt » op. 112 (sauf 29, 30/11)
L. v. BEETHOVEN « Elegischer Gesang » op. 118 (sauf 29, 30/11)
L. v. BEETHOVEN Fantaisie Chorale pour piano, choeur et orchestre op. 80 (sauf 01/12)
L. v. BEETHOVEN Messe en ut M op. 86

Genia Kühmeier, soprano
Elisabeth Kulman, alto
Maximilian Schmitt, ténor
Kresimir Strazanac, baryton
Kristian Bezuidenhout, pianoforte

Collegium Vocale Gent
Philippe Herreweghe
, direction

Les quelque cinquante concerts consacrés ces deux dernières saisons aux neuf symphonies de Beethoven marqueront durablement l’Orchestre des Champs-Elysées, son identité, sa sonorité, sa manière d’appréhender les autres compositeurs, successeurs et prédécesseurs du maître de Bonn.
Cette expérience s’enrichit en ce début de saison, cette fois autour d’un autre Beethoven, celui des œuvres chorales, religieuses et profanes.

La Messe en ut M op. 86 et la Fantaisie chorale pour piano, chœur et orchestre op. 80, composées en 1807-1808, furent toutes deux au cœur du mythique concert du 22 décembre 1808 au Theater an der Wien. Difficile aujourd’hui de se figurer ce que fut cet événement de plusieurs heures, aussi important dans la carrière de Beethoven que dans l’histoire de la musique, « création mondiale » des Cinquième et Sixième symphonies, augmentée d’une performance prométhéenne de Beethoven lui-même enchaînant au piano son Quatrième Concerto et la Fantaisie chorale dont il improvisa toute l’introduction. Cette dernière doit d’ailleurs son effectif peu usuel au fait que le compositeur souhaitait, pour clore ce concert-fleuve, une pièce qui rassemble tous les artistes de la soirée : l’orchestre des symphonies, les chœurs et les solistes de la Messe, et le pianiste du concerto !
La création de la Messe avait eu lieu quelques mois auparavant. Pour cette première incursion dans le style liturgique, Beethoven marchait littéralement dans les pas de Haydn, son illustre professeur, puisqu’il prenait la suite de ce dernier et de ses six dernières messes en composant l’œuvre commandée par les Estherazy qui commémorait la disparition de l’épouse du Prince Nikolaus.
Le Beethoven d’alors avait déjà écrit l’Eroica et propulsé sa musique vers l’  « au-delà ». Le voici cependant comme tétanisé par l’enjeu : « Ce n’est pas sans de lourdes craintes que je vous remettrai cette messe, car votre Altesse a l’habitude de faire donner les chefs d’œuvres inimitables du grand Haydn » écrit-il au Prince qui s’enquiert de l’avancement de son travail.
L’œuvre, entre respect des modèles et matrice des œuvres futures, allie des caractéristiques classiques et des innovations annonçant les œuvres à venir.
Des conditions de répétitions défavorables, une première exécution très imparfaite, la réaction exagérément négative du prince (« La messe de Beethoven est insupportable, ridicule et détestable […] j’en suis colère et honteux. »), ternirent injustement et durablement la réputation et la carrière de cette œuvre à laquelle il est temps de rendre justice.
De la même manière que la Fantaisie porte en germes le finale de la Neuvième, la Messe, à qui Beethoven portait une affection particulière, dessine une première esquisse de la Solemnis, le chef d’œuvre choral de 1824.

Philippe Herreweghe, l’Orchestre des Champs-Elysées et le Collegium Vocale ont ensemble longuement mûri leurs interprétations des chefs d’œuvres chorals beethoveniens de la « dernière manière » que sont la Missa Solemnis d’abord (enregistrée en 1995 pour Harmonia Mundi puis en 2012 pour Phi-Outhere) et la Neuvième Symphonie (enregistrée en 1999 pour Harmonia Mundi). Ils sont idéalement placés pour rendre force et beauté aux œuvres de ce programme, qui sera complété de deux autres sublimes raretés que sont le Meerestille und glückliche Fahrt op.112 et l’Elegischer Gesang op.118.

Crédits photo: 
Junichi Hakoyama