Orchestre des Champs-Elysées

Projet artistique

« Refaire du dedans ce que les archéologues […] ont fait du dehors […] tâcher de rendre leur mobilité, leur souplesse vivante, à ces visages de pierre. Travailler à lire un texte du IIème siècle avec des yeux, une âme, des sens du IIème siècle; le laisser baigner dans cette eau-mère que sont les faits contemporains; écarter s'il se peut toutes les idées, tous les sentiments accumulés par couches successives entre ces gens et nous. […] prendre seulement ce qu'il y a de plus durable, de plus essentiel en nous, dans les émotions des sens […] comme point de contact avec ces hommes qui comme nous croquèrent des olives, burent du vin […] luttèrent contre le vent aigre et la pluie aveuglante et cherchèrent en été l'ombre d'un platane, et jouirent, et pensèrent, et vieillirent, et moururent. »

Marguerite Yourcenar, Carnets de notes de Mémoires d’Hadrien

 

L’Orchestre des Champs-Elysées a fêté ses 25 ans ! Les festivités du quart de siècle d’existence ont célébré la maturité, la force de l’âge. Tout en gardant son ambition de découverte, ou plutôt de redécouverte, le beau projet né au Théâtre des Champs-Elysées en 1991 a considérablement évolué : Mahler, Bruckner, Debussy, et plus récemment Strauss et Wagner ont rejoint au répertoire les génies de la période classique et romantique stricto senso et le mot « baroqueux » sonne comme un anachronisme au regard de la réalité de la programmation des dix dernières années.

La démarche des premiers jours est restée la même : dans un esprit comparable à celui des restaurateurs d’œuvres d’art restituant les couleurs d’origine des chefs d’œuvres des grands peintres par de savants nettoyages, notre orchestre essaie d’aborder chaque partition sous un regard neuf, réinterrogeant nombre des lectures de ces œuvres qui, au cours du temps, ont déposé des traditions bien éloignées parfois des préoccupations originelles du compositeur. L’emploi des instruments ayant servi aux premières exécutions, la recherche des gestes instrumentaux les plus appropriés et les textes musicaux ayant servi aux premiers interprètes sont autant d’atouts précieux qui nourrissent leurs interprétations.

L’Orchestre des Champs-Elysées se veut plus que jamais une formation « moderne » et profondément « européenne ».
Moderne, il l’est par sa capacité à répondre avec la même acuité et dans une parfaite cohérence artistique à des enjeux musicaux fortement différenciés, de la musique symphonique à l’opéra, de l’oratorio à la musique d’ensemble, avec l’ambition de recréer l’orchestre de Mozart, celui de Berlioz comme celui de Strauss ou de Debussy, autour de Philippe Herreweghe, mais aussi de chefs tels Louis Langrée, en jouant de complémentarités.
Européen, il l’est d’abord par ses musiciens : dix nationalités différentes où les langues et les cultures se côtoient et cohabitent. Par les artistes et formations associés au projet, tel en premier lieu le Collegium Vocale Gent, mais également Isabelle Faust, Patricia Kopatchinskaja ou Alexander Lonquich. Enfin plus encore par le rayonnement de son projet d’orchestre qui s’étend dans toute l’Europe, non seulement à travers une importante diffusion, mais aussi des résidences de création en Allemagne, en Belgique ou en Italie.

 

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